Pour l’Amour de la Parole

Le rapport que le judaïsme entretient avec les textes est certainement beaucoup plus charnel que dans le christianisme. N’y a-t-il pas ce commandement en Dt 6 d’attacher les paroles de Dieu, sur la main comme un signe, sur le font comme un bandeau ? Certes les paroles sont d’abord inscrites au plus profond du cœur mais leur souvenir passe aussi par une inscription matérielle sur les poteaux de la maison et sur les portes. Bandées au front, enroulées au bras, les paroles font corps avec le croyant. Elles le lient. S’y ajoute la célébration de la joie de la Torah (Simhat Torah), venant clôturer la fête de Soukkot. Toute la communauté étant rassemblée, les rouleaux sont portés en triomphe.

Dès lors, comment serait-il possible, le jour où les parchemins sont trop usés, de les jeter comme de vulgaires objets ?
Et ces anneaux végétaux pour les bouquets de loulav ?
Et ces mappot émouvants, morceaux des langes qui emmaillotaient l’enfant pendant la circoncision, brodés ensuite en hébreu du nom du nourrisson et d’une formule de bénédiction ? Ces étoffes, appelées au singulier wimpel ou mappah, étaient rapportées à la synagogue lorsque l’enfant atteignait l’âge de trois ans. En milieu rhénan, l’enfant enroulait le rouleau de la Torah avec, et sa mappah servait encore le jour de sa Bar mitsvah.
Bruissant de tant de prières, d’espoirs, de joies et de larmes, parchemins, livres et textiles sont, tel un trésor précieux, enfermés dans une genizah, cache dans la synagogue. Le temps fera leur œuvre sur eux. Jusqu’à ce qu’ils redeviennent poussière, leur présence secrète exhalera la mémoire de l’alliance, de la Parole célébrée, aimée et vécue.

En 2012, à la faveur de travaux, fut découverte une genizah à Dambach-la-Ville. Presque in extremis furent sauvés 900 objets datant du XIVe au XIXe siècle. Triés, photographiés, étudiés, ils sont bien plus que des traces matérielles historiques. Ils vibrent toujours de la ferveur et des élans d’une communauté et de ses membres à travers plusieurs siècles. Pour l’Amour du Nom.

Il est possible de découvrir ce fabuleux héritage au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à travers l’exposition « Héritage inespéré, une découverte archéologique en Alsace ».
Le mercredi 17 janvier 2018, de 18 h 30 à 20 h, Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine au service de l’Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Grand Est, et commissaire de l’exposition, conduira une visite guidée.

Si vous ne pouvez vous y rendre, une vidéo de 13 minutes vous permet d’avoir un aperçu de l’exposition.

Héritage inespéré, une découverte archéologique en Alsace
Jusqu’au 28 janvier 2018
Musée d’art et d’histoire du judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71 rue du Temple
75003 Paris

Tarif : gratuit.
Public : tout public.

Cet article a été publié dans Expositions et évènements. Ajoutez ce permalien à vos favoris.